Un siècle de lumière.

Un siècle de lumière.

De la création d’un atelier parisien à sa renaissance un siècle plus tard.

1924 La fondation

Un fils d'auvergnat qui ne voulait pas du bar familial

Georges-Léon Rispal naît dans une famille auvergnate montée à Paris, comme tant de «bougnats» venus l'hiver chercher du travail avant de finir bistrotiers. Mais le jeune homme, passionné de sculpture sur bois, refuse cette vie. À 23 ans, contre l'avis des siens, il fonde sa propre société de luminaires.

Les premières pièces sont classiques : des pieds en bois tourné, agrémentés d'un appareillage électrique. Rien, encore, n'annonce l'audace des décennies à venir.

La fondation
1950s L'apogée

Formes Nouvelles, ou l'irruption de la modernité

L'entreprise grandit vite. Installée d'abord rue Soleillet, elle atteint son apogée dans les années 50, rue de Charonne, dans le 11ᵉ arrondissement: plus de 5 000 m² d'ateliers et de showrooms, environ 150 collaborateurs. C'est à cette période que François Rispal, le fils du fondateur, prend la direction du bureau de style.

Un voyage familial en Scandinavie et la découverte du mobilier d'Alvar Aalto bouleversent son regard sur la modernité.

De ce nouvel élan naît le catalogue Formes Nouvelles : des silhouettes radicalement modernes pour l'époque, la Mante Religieuse, la Girafe, le Double Boomerang, conçues pour être personnalisées, entre essences de bois et abat-jours. Dans les années 1960, Rispal exporte jusqu'aux États-Unis.

On raconte que Jean Arp, sculpteur dadaïste et voisin de la famille à Clamart, aurait influencé les tout premiers croquis de ce qui deviendra la Mante Religieuse. Une légende jamais confirmée : la pièce n'a jamais été signée, elle est l'œuvre collective du bureau de style Rispal.

Formes Nouvelles
1982 La fermeture

Un patrimoine livré à l’oubli

Mais la concurrence italienne et l'arrivée des matières plastiques, qui autorisent des formes jusque-là impossibles à obtenir dans le bois, précipitent le déclin de la maison dans les années 1970. Rispal ne prend pas ce virage, et les silhouettes du catalogue Formes Nouvelles, autrefois si modernes, commencent à paraître datées.

Faute de repreneur, l'activité cesse en 1982. L'usine et le magasin d'exposition de la rue de Charonne sont détruits pour laisser place à un programme immobilier. Dans cette opération ne disparaissent pas seulement des murs : c'est l'ensemble des plans, des documents de fabrication, des outillages et des moules qui est perdu — en somme, tout le savoir-faire de la maison Rispal, parti sans laisser de trace.

La fermeture
2013 La redécouverte

Une lampe vintage, dans un salon

Tout recommence en 2013. Designer passionné par les lignes des années 50-60, celles de Serge Mouille en particulier, Douglas Mont possède une Mante Religieuse vintage. La marque étant tombée dans le domaine public, il décide la redéposer à l'INPI.

Mais posséder un nom ne donne pas le droit d'en reproduire les modèles : commence une véritable enquête, jusqu'à 350 kilos d'archives rapatriées de Compiègne, sans succès.

« Il faudra reconstruire le luminaire sans plans, ni moules, ni personne pour expliquer comment elle était faite. »

La redécouverte
2018 La renaissance

Un secret bien gardé

Douglas Mont décide malgré tout de reconstruire la lampe. Le piètement d'origine, instable, est redessiné : fidèle à l'esprit, conforme aux normes actuelles. Reste l'abat-jour plissé en acétate de cellulose, dont la technique a disparu avec l'usine. Il faudra trois années de recherche expérimentale pour la retrouver, en 2017, une technique que Douglas Mont choisit, comme Georges-Léon Rispal en son temps, de ne jamais breveter.

En 2018, il relance officiellement la marque aux côtés de Clément Bergès.

La renaissance
2020 L'héritière

Une héritière inattendue

Deux ans plus tard, en décembre 2020, un courrier d'huissier vient tout remettre en question : une héritière existe. Il s'agit de Georgette Rispal, fille de Georges-Léon et sœur de François, devenue cantatrice, qui découvre par hasard que l'entreprise de son père a repris vie.

À son décès, Douglas Mont et Clément Bergès deviennent légataires de la propriété intellectuelle des dessins Rispal.

« La rencontre change tout : conquise par le respect porté à l'histoire familiale, elle ouvre ses archives et scelle un accord avec Douglas Mont et Clément Bergès. »

L'héritière
2026 Aujourd'hui

Faire évoluer sans trahir

Aucune pièce de l'époque n'ayant jamais été signée d'un nom propre, Douglas Mont dispose aujourd'hui d'une légitimité rare: celle de faire évoluer ces dessins sans en trahir l'essence. De cette continuité naissent aussi de nouvelles créations, comme les lampes de table Phasme et Opulus.

Comme au temps de la rue de Charonne, chaque luminaire se personnalise et reste fabriqué en France, au plus près des savoir-faire que la maison avait failli perdre.

Un siècle après Georges-Léon Rispal, la maison continue d'écrire son histoire, sans nostalgie, avec la même exigence.

Aujourd'hui